Regreso de México, autorretrato, 2019
    
   Imaginer les chemins empruntés par les âmes entre les mondes du visible et de l’invisible, leurs lieux de rencontre au cœur de la beauté mystérieuse du vivant, leurs palabres avec les oiseaux dans une forêt bleue, interrogeant le devenir d’Homo sapiens, debout en bord de mer, au bord du bord.Voir au delà de l'image. Il y a quelque chose derrière... L’inaperçu, l’ineffaçable dirait Edmond Jabès. Rien de précis, tout de sensible.
   " J’essaye de traiter de la disparition, de l'effacement comme de la symbiose. Figures et paysages s’entremêlent. Il s’agit de témoigner de la fragilité, la force malgré tout, la mémoire des mondes qui s’étiolent. Avec la tendresse amoureuse portée sur ces représentations d'animaux humains et non humains, minéraux, végétaux. Il y a quelque chose de brut, de naïf dans certaines images couleurs. J’ai parfois l'impression de reproduire les aquarelles de mon enfance sur les paysages et les figures qui m'entourent ou que j'hallucine.    Ce sont des prise de vue instantanées, spontanées et intuitives, souvent au bougé. Pas de post production, Photoshop, Lightroom ou autre. Un développement numérique de base où je peux choisir de saturer les couleurs, voire “dégrader“ l'image. Je fais avec ce qui est là maintenant : la vitre de la voiture arrosée par la pluie, un plexiglass orange paravent sur une plage qui donne sa matité au cliché et un effet de double exposition, des réflexions parfois".

   

 
L'arbre sur la colline, aquarelle, 1976
 " Les poètes sont des monstres. Ils nous aideront à traverser la nuit qui vient". 
Christian Bobin

   Poïmiroo en ancien béarnais ça veut dire "le point de vue ou le haut du puits" d’après l’Académie du Béarn, "peut-être même une très ancienne étymologie de poëte" (sic). Laurent Poïmiroo est né en 1966 à Toulouse, rue des bûchers - sans doute là même où 800 ans plus tôt on avait cru bon de carboniser les Cathares du coin- d’un père élève officier mécanicien de la marine marchande et d’une mère styliste de mode stagiaire chez Dior. L’enfant est élevé les cinq premières années par son arrière-grand mère, Maria Aïn (en langues sémites aïn veut dire à la fois la source et l’orifice d’où coulent les larmes) née en 1896 cinq ans après l’ultime voyage d’Arthur Rimbaud à Marseille. 
   Sous le soleil d’août 78 d’une sous-préfecture dépeuplée, l’enfant solitaire, mélancolique et dyslexique se disloque contre une voiture lancée à vive allure. S'en suit un chemin de vie sans logique apparente ni ambition démesurée où il s’est appliqué à jouer beaucoup de rôles: journaliste, manutentionnaire, ouvrier, aide soignant, modèle vivant, enseignant le français au Mexique, au Guatemala et au Pays basque, proche aidant... 
Exercé douze métiers et treize misères sans jamais s’être identifié à l’acteur mais réalisant ce qu’écrivait Antonin Artaud: « Les fonctions sont les chambres vides d’où l’être qui a pu apparaître un jour a été refoulé». 
   Artiste autodidacte, poète voué à la notoriété de l’ombre, Laurent Poïmiroo nous invite ici à partager l’expression de l’inépuisable tendresse de l’âme, du cœur indompté.​​​​​​​
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